Musée d'art islamique du Caire : 115 ans d'histoire sans pareille
mercredi 8 janvier 2020
Musée d'art islamique du Caire : 115 ans d'histoire sans pareille

Le 28 décembre dernier, le Musée d’art islamique de Bab Al-Khalq a fêté son 115ème anniversaire. Il est considéré comme le plus grand musée islamique du monde. Inauguré en 1903, le Musée d’art islamique du Caire abrite l’une des plus importantes collections d’art islamique du monde avec des collections exceptionnelles, datant du VIIe jusqu’à la fin du XIXe siècle, de rares objets en bois et en plâtre, ainsi que des objets en métal, en céramique, en verre, en cristal et en textile de toutes les époques provenant d’Égypte et des pays arabes mais aussi d’autres pays où l’empreinte islamique fut profonde comme l'Inde, la Chine, l'Arabie, l'Afrique du Nord et l'Andalousie. C'est l'un des musées égyptiens les plus importants.

Bien que la reconnaissance de l'art pharaonique égyptien ait été signalée au Caire par la création en 1858 du Département égyptien des antiquités et du Musée égyptien, l'appréciation de l'art islamique a pris du retard. Le Khédive Ismaïl Pacha a approuvé une proposition visant à créer un musée d'art islamique dans la cour de la mosquée des Baibars, mais cela n'a été réalisé qu'en 1880, lorsque le Khédive Tawfiq a ordonné au ministère des Dotations (Waqfs) de le créer.

Julius Franz, un érudit autrichien d'origine hongroise, chef du département technique des Waqfs, a proposé en 1881 que la mosquée en ruine du calife fatimide Al-Hakim, adjacente au Bab Al-Futuh, soit un siège provisoire pour le musée. Une galerie y a donc été aménagée dans l'arcade orientale, composée initialement de 111 pièces architecturales provenant d'autres monuments.

Les choses se sont améliorées la même année lorsque le Khédive Tawfiq a approuvé le "Comité des antiquités arabes", dont les fonctions comprenaient la gestion du Musée arabe, la fourniture d'objets ainsi que la préservation des monuments. En conséquence, les arcades de la mosquée étaient remplies à débordement. En 1884, une structure à deux étages a été construite dans la cour pour abriter la collection de 900 objets, bien que son personnel se compose d'un seul conservateur et d'un gardien de porte.

En 1887, Max Herz, également austro-hongrois, a remplacé Julius Franz et a commencé à apporter de nombreux changements. Il a suggéré le nom du musée à l'époque comme la galerie de l'Antiquité arabe. En 1895, la collection s'élevait à 1 641, et le nouveau bâtiment est devenu trop de monde, alors il a demandé au ministère des Waqfs de construire un plus grand musée. En 1899, les fondations ont été posées pour le plus grand bâtiment actuel dans le quartier Bab Al-Khalq du Caire.

Le nouveau bâtiment actuel a été conçu par Alfonso Manescalo et a été achevé en 1902 dans un style néo-mamelouk, avec son étage supérieur abritant la Bibliothèque nationale. L'ancien musée d'Al-Hakim a été démoli dans les années 1970, lors de la rénovation de la mosquée.

Le musée fait face au Caire historique. Il a deux entrées : une sur le côté nord-est et l'autre sur le côté sud-est. Un beau jardin avec une fontaine menait autrefois à la première entrée mais a ensuite été supprimé. L'entrée de la rue Port Saïd présente une façade très luxueuse, riche de décorations et de recoins inspirés de l'architecture islamique en Égypte de différentes époques. Le musée est un bâtiment de deux étages ; le premier étage contient les halls d'exposition et l'étage supérieur contient les magasins généraux. Le sous-sol contient un magasin relié à la section Restauration.

Ces dernières années, le Musée d'art islamique a exposé environ 4 500 pièces artistiques dans 25 salles avec plus de 100 000 objets. La collection comprend des manuscrits rares du Coran, avec des calligraphies écrites à l'encre argentée, sur des pages aux bordures élaborées. Le Musée a mené des fouilles archéologiques dans la région de Fustat et a organisé un certain nombre d'expositions nationales et internationales.

La collection présente des artefacts d'Égypte, d'Afrique du Nord, d'Andalousie, de la péninsule arabique et d'Iran allant du 7e au 19e siècle. Les artefacts exposés de l'aile droite du musée sont divisés en périodes omeyyade, abbasside, ayyoubide, mamelouke et ottomane. Les artefacts exposés de l'aile gauche du musée sont divisés en sections par science, astronomie, calligraphie, pièces de monnaie, pierres et textiles, couvrant différentes époques.

Au terme de la rénovation conduite depuis 2006, le nouveau musée a été officiellement inauguré le 14 août 2010 par l’ancien Président Hosni Moubarak. Quelque 2500 pièces de grande valeur artistique ou historique, sélectionnées parmi un fonds de 100 000 objets, sont exposées dans 25 salles. Le public a dû attendre le mois de septembre pour y avoir accès. Le musée a rouvert ses portes en janvier 2017.

L'art islamique en quelques lignes

L'expression art islamique désigne la production artistique qui s'est développée depuis l'hégire (622 de l'ère chrétienne) jusqu'au XIXe siècle dans un territoire s'étendant de l'Espagne jusqu'à l'Inde et habité par des populations de culture islamique. Mais attention, les arts islamiques ne sont pas proprement religieux : l'Islam est ici considéré comme une civilisation plutôt que comme une religion. L’art islamique est géométrique et allusif. Il se caractérise par une simplicité des lignes et un foisonnement des détails souvent inspirés par des formes naturelles stylisées (fleurs, feuilles, tiges, etc).

Cependant, le Coran étant fondamental, tous les lieux de cultes, supports de transcription du Coran, vont prendre un essor considérable grâce à l’art islamique.

L’art islamique va donc se reconnaître par ses mosquées dont coupoles et minarets émergent des cités, et dont la décoration est le texte du Coran élégamment calligraphié ; ainsi que le démontre cette photo de colonne à Marrakech, au Maroc. Cet art va aussi se traduire à travers la calligraphie et l’architecture du monde arabe musulman.

En architecture, des bâtiments aux fonctions spécifiques, comme des mosquées et des madrasas, sont créés dans des formes très variées mais suivant souvent un même schéma de base. S'il n'existe quasiment pas d'art de la sculpture, le travail des objets de métal, d'ivoire ou de céramique atteint fréquemment une grande perfection technique. Il faut aussi souligner la présence d'une peinture et d'une enluminure dans les livres sacrés et profanes.

Source : progres.net.eg