Les relations égypto-sud-africaines
lundi 10 juin 2019
Les relations égypto-sud-africaines

Les relations politiques

Premièrement : La représentation diplomatique :

La première mission diplomatique sud-africaine s’est établie en Egypte en 1942 et un Consulat général a ouvert ses portes sous le règne du roi Farouq. Il devint une commission en 1949 à la suite de la décision que le Conseil des ministres égyptien a prise pour promouvoir sa représentation auprès de l'Union sud-africaine. Le 30 mai 1960, les relations officielles entre les deux pays furent interrompus lorsque le Caire appuya les demandes des représentants du Mouvement de libération en Afrique du Sud, et l’Égypte refusa de poursuivre ses relations avec le régime d’apartheid au pouvoir à l’époque.

En octobre 1993, Le ministère égyptien des Affaires étrangères a annoncé la reprise des relations diplomatiques avec l'Afrique du Sud et l'ouverture réciproque des bureaux de représentation des deux pays au Caire et à Pretoria ; peu de temps après, les deux gouvernements ont annoncé la transformation de ces bureaux en ambassades.

Deuxièmement : les relations politiques avant 1952:

Depuis le début des relations diplomatiques en 1942, nouées selon le protocole ad hoc, et jusqu’à la révolution de juillet 1952, les relations entre l'Égypte et l'Afrique du Sud étaient normales. Mais en 1947, un important conflit a éclaté à cause de la position de l'Afrique du Sud – alors dominé par un régime d'apartheid – vis-à-vis de la question de la Palestine.

En fait, l'Union sud-africaine était l'un des pays qui avait voté pour la partition de la Palestine le 29 novembre 1947, et la création d'un État juif sur ses territoires. Le 24 mai 1948 (neuf jours après la déclaration de l'État d'Israël), le gouvernement de Jan Smuts, alors premier ministre du régime raciste et pro-sioniste à l’Union sud-africaine, déclara son intention de déclarer la reconnaissance de l'État juif. L’Union sud-africaine était le septième pays à reconnaître officiellement l’État d’Israël, le 14 mai 1949.

Troisièmement : les relations politiques entre 1952 et 1970:

Le rôle de l’Égypte en Afrique a connu un fort essor depuis la révolution de juillet 1952. L’Égypte, sous la direction du président Gamal Abdel Nasser, a joué un rôle central dans le soutien de la lutte menée par les mouvements de libération nationale dans les pays africains pour obtenir leur indépendance. L’année 1960 était celle de l’indépendance de 17 pays africains. La même année, l’Egypte a rompu ses relations officielles avec l’Union sud-africaine en réponse aux demandes des représentants du Mouvement de libération de l’Afrique du Sud, qui a prôné l’Égypte de rompre avec le régime d’apartheid et de soutenir l’Afrique du Sud démocratique, dirigée par la majorité « noire » de ses citoyens.

Mandela en Egypte

En 1961, l'Égypte a accueilli le dirigeant sud-africain Nelson Mandela, qui a séjouné au Caire, au siège de l'Association africaine ou "la Maison de l’Afrique", située dans le quartier de Zamalek. une association créée par certains intellectuels, professeurs académiques et diplomates égyptiens en 1956 en tant que forum culturel et intellectuel pour ceux qui s'intéressent aux affaires africaines en Égypte.

Le dirigeant Mandela est venu en Égypte en 1961 après un voyage ardu, marchant à pied de l'Afrique du Sud et suivant les traces de ses prédécesseurs. Il était un révolutionnaire et figurait sur les listes des personnes recherchées dans les aéroports et les passages.

Cette visite était secrète, en coordination avec le président Gamal Abdel Nasser et le ministre de l’Orientation nationale, Mohamed Fayeq, qui jouait alors un rôle de premier plan dans les relations politiques avec les pays africains et les mouvements de libération africains.

Mandela a passé près d'un an en Égypte dans le même bâtiment, dans la région de Zamalek.

Depuis lors, le dirigeant africain Nelson Mandela a déclaré comme son "grand amour pour l’Égypte" et pour son lieu préféré au sein de "l’Assemblée africaine", le Caire.

Mandela s’était rendu en Égypte le 20 octobre 1997, cette fois en sa qualité de président élu de la République indépendante de l'Afrique du Sud. Cette visite était très importante au niveau du renforcement des relations entre les deux pays et leur développement dans différents domaines.

La visite du président Mandela au Caire a été la première étape de sa tournée en Afrique du Nord, au cours de laquelle il a reçu la plus haute médaille égyptienne, le collier du Nil. Le communiqué de la présidence égyptienne décrivait Mandela comme " Une grande figure qui a changé le cours de l’histoire et qui a redéfini le sort de l’humanité. Par contre, le Président Mandela a décoré le président de l’Egypte de l’Ordre du Cap de Bonne-Espérance et de la Grande Côte.

Quatrièmement : L’Egypte et l’Afrique du Sud après Mandela :

La première visite au niveau présidentiel égyptien en Afrique du Sud a eu lieu en juillet 2008 à l'invitation du président sud-africain Thabo Mbeki. Pendant cette visite, les deux dirigeants égyptien et sud africain ont examiné nombre de questions internationaux et régionaux d'intérêt commun, et celles liées à la situation dans le continent africain, ainsi que les moyens de renforcer la coopération économique et commerciale entre les pays africains. Ils ont également abordé les derniers développements au Moyen-Orient et les problèmes liés à l'Iran, au Soudan, à la Somalie et au Zimbabwe, en particulier à la lumière des négociations entre l'Autorité et l'opposition sur l'avenir politique du Zimbabwe que l'Afrique du Sud a accueillies.

Au cours de cette visite, un mémorandum d’entente avait été signé sur la coopération entre les deux pays dans de nombreux domaines, notamment de l’industrie, de la technologie, de l’investissement, des minéraux, du pétrole et du gaz, des TIC, de l’agriculture, des transports, du développement des infrastructures et de la promotion du tourisme.

En octobre 2010, l'ancien président sud-africain Jacob Zuma s'est entretenu au Caire avec le président égyptien de nombreuses questions bilatérales, et a présidé la réunion de travail, tenue entre les deux pays avec la participation de 1 000 hommes d'affaires, dont 200 sud-africains. Cette réunion a mené à la signature de 4 accords et deux programmes exécutifs dans les domaines «Pétrole et gaz, services de santé et vétérinaires, sport et tourisme» .

Cinquièmement : les relations politiques après 2011:

Après la Révolution du 25 janvier 2011, les relations entre les deux pays ont été temporairement gelées, à cause de la position de l'Afrique du Sud vis-à-vis de la situation intérieure en Égypte. La visite de M. Ibrahim Ibrahim, vice-ministre des Affaires étrangères de l'Afrique du Sud, en mars 2012, a été entreprise pour exprimer la volonté de son pays de partager son expérience dans le processus de rédaction de la constitution en Egypte.

La première réunion au niveau présidentiel entre les deux pays a eu lieu en marge du sommet de l'Union africaine en juillet 2012, puis en mai 2013 à Addis-Abeba.

En mars 2013, l'Égypte a participé au sommet des Brics, qui s'est tenu à Durban, en Afrique du Sud, ainsi qu’à la réunion des chefs des États membres du NEPAD et au Forum des présidents de BRICS.

Relations politiques après la révolution du 30 juin 2013:

Après la révolution du peuple égyptien du 30 juin 2013, la conjoncture en Égypte n'était pas claire pour le côté sud-africain, et la réaction égyptienne était calme. En juillet 2013, l'Égypte a envoyé l'ambassadeur Ibrahim Ali Hassan comme envoyé présidentiel en Afrique du Sud pour expliquer la situation, où il a été reçu par le ministre sud-africain des Affaires étrangères. Les deux pays ont rapidement renoué leur coopération normale, avec des visites fréquentes échangées entre les deux pays, dont la visite de M. Siyabonga Quelle, envoyé présidentiel sud-africain, et du ministre de la Sécurité nationale à la tête d'une délégation gouvernementale au Caire en février 2014. ce dernier était porteur d’un message de l'ancien président Jacob Zuma au président égyptien par intérim, le conseiller Adly Mansour. Le message exprimait la solidarité de l’Afrique du Sud avec le peuple égyptien. Le ministère sud-africain des Communications a présenté une vision stratégique de la coopération dans le domaine des TIC, fondée sur le projet TIC du Caire et du Cap visant à étendre le réseau de fibres optiques le long de la route terrestre. La visite a également permis à l'envoyé sud-africain de se renseigner sur l'évolution de la situation en Égypte, et de savoir que le peuple égyptien est déterminé à compléter le chemin qu’il a choisi pour son avenir.

En marge du débat de haut niveau de la 70e session de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York en septembre 2014, la délégation sud-africaine s’est entretenue avec le président Abdel-Fattah al-Sisi. Au cours de ces entretiens, le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri a reçu une invitation officielle pour se rendre en Afrique du Sud.

En octobre 2014, Mme Maite Mashabane, alors ministre des Affaires étrangères de l'Afrique du Sud, s'est entretenue en Égypte avec son homologue égyptien, Sameh Choukri. Elle a souligné l’importance de développer les relations bilatérales dans les divers domaines, afin de réaliser les intérêts des deux pays. les deux responsables ont également échangé les points de vue sur la situation dans le continent africain et dans la région du Moyen-Orient. Mme Mashabane a transmis un message de l'ancien président Jacob Zuma au président Abdel Fattah Sisi.

Les Relations économiques 

L’Égypte et l’Afrique du Sud entretiennent des liens économiques étroits depuis 1994, mais ils ne reflètent pas l’ampleur et la solidité des relations politiques entre les deux pays. Il existe de nombreux accords et mémorandums d’entente entre les deux pays dans le domaine économique et de nombreux projets d’accords et de MoU qui sont en cours d’étude et d’examen par les deux parties. En général, de nombreuses activités du comité commercial commun et de nombreuses réunions ont eu lieu avec la participation de ministères, d'organismes d'investissement, de syndicats et d'entreprises publiques et privées dans les deux pays depuis 2013. Ces réunions ont été marquées par l’élaboration de nombreux dossiers et initiatives de coopération conjointe. Pendant ces réunions, ont été discutés les moyens de coopération dans plusieurs domaines, dont notamment ceux des infrastructures, des énergies nouvelles et renouvelables, du développement agricopastoral, des mines, des chemins de fer, des ports, des soins médicaux et de l'exportation du charbon de l'Afrique du Sud à travers le canal de Suez. Outre les domaines de la communication et des technologies de l'information, du génie industriel, de l'industrie électrique et automobile.

Premièrement : dans le domaine économique :

L'accord sur la prévention de la double imposition, signé en août 1997, est l'un des accords les plus importants conclus entre l'Égypte et l'Afrique du Sud, en plus de l'accord sur la promotion et la protection des investissements mutuels et de celui de la coopération dans le domaine des transports, signés en octobre 1998.

Nombre d'accords bilatéraux ont été également signés entre les chambres de commerce et la bourse des deux pays, en plus d’'un accord de coopération bilatérale entre la Chambre de commerce et d'industrie de la ville de Johannesburg et la Chambre de commerce du Caire depuis juillet 2000. Il existe également un accord de coopération entre la Fédération des chambres de commerce égyptiennes et la Chambre de commerce sud-africaine, depuis la conclusion duquel la coopération entre l’institut africain pour le commerce et la Fédération des chambres de commerce égyptiennes a connu un grand essor. De plus, le protocole entre la bourse de Johannesburg et la bourse du Caire est en vigueur depuis juillet 2000.

En 2009, un mémorandum d'entente a été signé entre les ministères du Commerce et de l'Industrie des deux pays dans les domaines du commerce, de l'investissement et de la coopération scientifique et technologique. Un autre mémorandum d'entente concernant la coopération dans le domaine de l'investissement a été signé entre l'Autorité générale égyptienne pour l'investissement et les zones franches (GAFI) et l'Autorité générale sud-africaine pour l'investissement.

Deuxièmement : les échanges commerciaux :

Le volume des échanges commerciaux entre l’Égypte et l’Afrique du Sud ne reflète pas de la longue histoire qui relient les deux pays, ni du niveau des relations entre eux. Cependant, il reste situé dans les limites de la normale, avec quelques modifications mineures qui demeure inférieures à la mesure de leurs capacités économiques et commerciales, et de la balance commerciale favorable à l’Afrique du Sud.

Globalement, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays au cours des cinq années allant de 2013 à 2017 pourrait passer de 132,3 millions de dollars en 2013 à environ 151,2 millions de dollars en 2014, puis à 188,8 millions de dollars en 2015 et à 266 millions de dollars en 2016, avec une plus forte augmentation en 2017 où les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint environ 314,7 millions de dollars, soit une augmentation d'environ 17,5%.

Troisièmement : les investissements mutuels

Les relations en matière d'investissement ne sont également pas au niveau souhaité, compte tenu de la taille et de la capacité des économies des deux pays, comme le confirment le volume et le niveau des investissements réciproques entre les deux parties, ainsi que les domaines et opportunités de développement de l'investissement réciproque, ce qui peut s'expliquer par l'absence de cadre contractuel entre l'Égypte et l'Afrique du Sud.

D'autre part, un protocole a été signé pour la coopération entre le GAFI et le secteur de l'investissement du ministère du Commerce et de l'Industrie de l'Afrique du Sud (TISA), en marge de la troisième session du Comité commercial mixte tenue les 28 et 29 septembre 2016. Mais le MoU n’a pas été activé.

Le rapport publié par l'Autorité générale égyptienne pour l'investissement et les zones franches (GAFI) en février 2017 sur les investissements étrangers en Égypte au cours de la période 1970/2017 indique que le nombre d'entreprises sud-africaines établies en Égypte au cours de cette période a atteint 60 entreprises. Avec un capital d’origine d’environ 292,17 millions de dollars, l’Afrique du Sud contribuant pour environ 15,36 millions de dollars.

En 2016/2017, la société sud-africaine Huhtamaki a créé une usine d'embouteillage à un coût de 30 millions de dollars à Alexandrie et envisage d'acquérir Shady Pack pour des matériaux d'emballage en Égypte, en collaboration avec EFG- En tant que conseiller financier.

La Coopération scientifique

Les relations scientifiques entre l'Égypte et l'Afrique du Sud ont pris un élan après la réunion du comité mixte de recherche scientifique qui s'est tenu à Pretoria en avril 2015 sous la présidence du Dr Sherif Hammad, ministre égyptien de la recherche scientifique de l'époque, en collaboration avec son homologue sud-africain. Lors de leur réunion, les deux parties ont convenu de promouvoir le niveau de coopération dans le domaine de la recherche au niveau des brevets communs et des projets appliqués, et d'élargir la portée des projets de recherche et d'échanger des compétences scientifiques entre les instituts de recherche des deux pays.

En octobre 2015, L’université britannique en Egypte a exprimé son souhait de discuter les moyens de coopération avec les grandes universités sud-africaines et des centres de recherche sud-africains travaillant dans le domaine des affaires africaines. Et ce, lors d'une visite entreprise par une délégation de l'université dirigée par la vice-présidente de la recherche et des études supérieures et l'ambassadrice Mona Omar, Directrice du Centre d’études africaines de l’Université. En effet, de nombreuses universités sud-africaines (Pretoria, Fitz Witwatersrand, Johannesburg, Afrique du Sud, UNISA) et plusieurs centres d’études africains de Pretoria et de Johannesburg ont salué la visite et la coopération avec l’Université britannique d’Egypte.

Dans le cadre de sa récente visite en 2018, la délégation égyptienne a visité plusieurs centres de recherches scientifiques sud-africains, tels que le CSIR, l'Agence spatiale nationale sud-africaine (SANSA), le Centre de développement technologique du ministère de la Recherche scientifique sud-africain, Afrique Sciences Parks. Les deux parties ont également discuté l'idée d'une coopération triangulaire dans le domaine de la science et de la technologie avec la partie britannique, qui est associée à la coopération scientifique avec chacun des deux pays. Ce programme est connu en Egypte sous le nom de "programme Newton-Mocharrafa" et en "Afrique du Sud" sous le nom de "Fonds Newton". La partie britannique souhaitait également collaborer avec les deux pays dans le cadre de projets conjoints dans les domaines de la science et de la technologie, en tant que pays leaders sur le continent africain.

La coopération touristique et culturelle

L'organisme égyptien pour la promotion du Tourisme participe régulièrement à de nombreuses activités touristiques organisées en Afrique du Sud depuis 2015. Le plus important d'entre elles a été la participation au pavillon du World Travel Market WTM Africa, organisé pour la deuxième année consécutive à Cape Town en Afrique du Sud, du 15 au 17 avril 2015. Il s’agit d’un forum international pour les entreprises et les institutions de tourisme (entreprises de tourisme, compagnies aériennes, hôtels et tour-opérateurs) parrainé par le secteur privé et visant à promouvoir le tourisme à l’intérieur et à l'extérieur du continent africain. L'organisme égyptien pour la promotion du Tourisme a également participé pour la deuxième année consécutive à la foire du tourisme Indaba 2015, qui s'est tenue à Durban, en Afrique du Sud, du 9 au 11 mai 2015, sous le parrainage du ministère du Tourisme sud-africain.

Dans le cadre de la promotion des relations culturelles, et en particulier des relations entre les jeunes et les générations futures, le Président de la République, Abdul Fattah al-Sissi, a donné ses directives pour organiser un forum annuel pour les jeunes du monde en Égypte. Lors des sessions du Forum mondial de la jeunesse de 2017 et de 2018, le nombre de participants sud-africains à la deuxième session tenue en novembre 2018 a été porté à près de 40 participants contre 15 en 2017, y compris un groupe de conférenciers, dont Catherine Konstantinides, militante pour le climat et les droits de l'homme, et Mme Isleen Barnes, l'une des jeunes femmes les plus influentes d'Afrique du Sud et créatrice de l'Initiative d'autonomisation des femmes.

En marge de la cérémonie centenaire de la naissance du président sud-africain Nelson Mandela, son petit-fils, M. Zonda Mandela a été invité à assister à la conférence et a été honoré par le président Abdel Fattah al-Sisi.