Ahmadou Ahidjo
lundi 20 mai 2019
Ahmadou Ahidjo

Ahmadou Ahidjo est entré dans l’Histoire comme ayant été le second Premier ministre du Cameroun sous administration française et le premier Président de la République du Cameroun, au lendemain de la proclamation de l’indépendance, le 1er janvier 1960.

Le personnage

Ahmadou Ahidjo est né à Garoua le 24 août 1924. Il connaît une enfance classique de jeunes de son époque dans la région du nord en zone musulmane. Ecole coranique d’abord, puis officielle ensuite. Quand il n’a pas classe, il se rend dans les pâturages avec ses camarades de jeu, pour faire paître les moutons. Quand ce ne sont pas les moutons, ce sont les b ufs. Il n’a pas vraiment connu son père et est plutôt élevé par sa mère de condition modeste. Il est ainsi élevé sans grand confort.

Mais, cette origine modeste deviendra finalement un grand atout pour lui. En effet, les notables rechignent à laisser leurs gosses fréquenter l’école occidentale, et y envoient plutôt ceux de leurs serviteurs. C’est de cette manière que le jeune Ahmadou Ahidjo se retrouve dans une école française après l’école coranique. Il y obtient son Certificat d’études primaires élémentaires, C.E. P.E., en 1939, pendant que la guerre se déclenche en Europe.

Ce diplôme en poche, il est quelque temps oisif à Garoua et finit par se faire recruter comme assistant vétérinaire par l’administration coloniale. Ce sera son tout premier emploi.

Mais en même temps, l’administration a déjà lancé une politique d’équilibre régional au Cameroun. Il lui faut promouvoir les jeunes de toutes les régions du pays. Ahmadou Ahidjo qui est déjà un fonctionnaire, se voit retenu parmi les élèves appelés à poursuivre leurs études dans une école primaire supérieure. Il en existe une à Bongor au sud du Tchad, non loin de Garoua, et une autre très loin, à Yaoundé, au sud du pays. Ahmadou Ahidjo se voit affecté à l’Ecole Primaire Supérieure de Yaoundé. Il émigre ainsi dans cette ville. Nous sommes en 1940.

A l’époque, il ne connaît personne à Yaoundé. La communauté fulbé, dont il est originaire, y est quasi-inexistante à cause des restrictions de déplacements auxquels étaient soumis les «indigènes» par l’administration coloniale. En tout cas, elle y compte très peu de personnes. Par bonheur, les élèves de cette école sont tous à l’internat, et sont de ce fait nourris gratuitement, habillés et même disposent de blanchisseurs. Rien d’étonnant à cela, ils sont des privilégiés qui vont servir dans l’administration publique à la fin de leur formation. Leurs déplacements en période de vacances scolaires sont pris en charge par le budget de l’Etat.

Dans cette école, Ahmadou Ahidjo se lie d’amitié avec un de ses camarades dont les parents habitent Yaoundé : Onana Awana Charles. Ce dernier le présente à sa famille, et il y est aussitôt adopté. La maman d’Onana Awana devient ainsi la seconde mère d’Ahmadou Ahidjo.

Elle se met à veiller sur lui comme sur son propre fils. Onana Awana Charles et lui deviennent ainsi des quasi-jumeaux auprès de cette dame. Grâce à son séjour à Yaoundé, Ahidjo se met à parler couramment la langue éwondo en plus du fufuldé.

A la fin de sa scolarité à l’Ecole Primaire Supérieure, il est intégré dans la fonction publique coloniale en qualité de fonctionnaire des Postes et Télécommunications, PTT, en 1944. Il a vingt ans. Il est aussitôt affecté au bureau de poste de la ville de Bertoua. Il y loge au quartier «indigène», Mokolo.

L’entrée en politique

Lorsque s’achève la guerre en Europe, le gouvernement français se retrouve contraint de faire évoluer le régime colonial, de peur de voir naître des mouvements insurrectionnels dans ses différents territoires qu’elle occupe. Il entreprend des réformes qui aboutissent à l’octroi du droit de vote aux «indigènes», et à la création d’Assemblée territoriales où ces derniers sont autorisés à siéger. Au Cameroun, il est créé l’Assemblée Représentative du Cameroun, Arcam.

Cette assemblée présente les caractéristiques suivantes :

1/- elle doit comporter des représentants de toutes les régions du Cameroun ;

2/- elle doit également comporter des élus blancs ;

3/- elle est divisée en deux «collèges», selon les races, un 1er «collège» pour les Blancs, et un 2nd pour les Noirs ;

4/- tous ses membres ne sont pas élus, une partie est nommée par le haut-commissaire de la république française au Cameroun ;

5/- enfin, c’est une assemblée «représentative» comme son nom l’indique, c’est-à-dire, dénuée du pouvoir législatif. Elle ne vote pas de lois.

En sa qualité « d’évolué » du nord travaillant déjà au sud, Ahmadou Ahidjo y effectue son entrée sur désignation par le haut-commissaire de la France au Cameroun. Ce dernier est ainsi son géniteur politique. (.)

La défaite électorale de 1951

  1. L’Assemblée nationale française doit être renouvelée. Un scrutin est organisé dans les territoires coloniaux français d’Afrique, ainsi que dans les deux territoires associés que sont le Cameroun et le Togo.

Les «indigènes» peuvent se porter candidats. Le Cameroun y dispose de trois sièges. Le scrutin est divisé en trois circonscriptions électorales, une pour le nord, une pour le centre, une pour le sud. Ahmadou Ahidjo choisit de se porter candidat dans la circonscription électorale du nord, d’autant qu’il est déjà délégué de la Bénoué à L’Arcam.

Toutefois, la tâche ne lui est pas facile.

D’abord, il n’est pas encore suffisamment accepté par les féodaux de la région, qui lui préfèrent encore Ahmadou Mahondé. En conséquence, ceux-ci ne donnent pas de consignes de vote favorable à sa candidature. Pis encore, ils le combattent quasi-ouvertement.

Ensuite, dans la circonscription électorale, il y a le Guadeloupéen Jules Ninine, qui est également candidat et est particulièrement influent. Il est d’autant plus avantagé que d’une part il est candidat à sa propre succession, d’autre part il est de nationalité française, à la différence d’Ahidjo. Enfin, il est en bonne entente avec l’administration coloniale, pour ne pas dire qu’il bénéficie de son soutien.

Enfin, une campagne électorale nécessite de gros moyens, et Ahidjo n’en dispose pas encore, à la différence de Ninine.

Malgré tout, la campagne s’ouvre. Ahmadou Ahidjo entreprend tant bien que mal d’attirer à lui le vote déterminant des lamido avec leurs sujets : en vain.

Ceux-ci disposent en effet de par leur statut, d’une voix qui peut faire élire ou battre n’importe quel candidat, selon le mot d’ordre qu’ils donnent. Leurs milliers de sujets s’exécutent docilement. A l’issue du scrutin, Ahmadou Ahidjo est battu, tout simplement, par Jules Ninine.

Source : journalducameroun.com