Fulbert Youlou
dimanche 1 décembre 2019
Fulbert Youlou

Youlou naît le 9 juin 19173 à Madibou dans le district de Pool. Cadet d’une famille de trois garçons, il est un Kongo de langue lari. À l’âge de neuf ans, il est baptisé et reçoit le prénom de Fulbert. En 1929, il entre au Petit Séminaire de Brazzaville. Élève brillant, il est envoyé à Akono au Cameroun, pour y terminer ses études secondaires. Par la suite, il intègre le Grand Séminaire de Yaoundé où il semble montrer de grandes capacités en philosophie. Il y rencontre l'Oubanguien Barthélémy Boganda élève comme lui de cette institution.

Revenu au pays, il enseigne un temps au Séminaire de Mbamou avant de partir à Libreville terminer ses études de théologie. Il passe son dernier cycle d’études à Brazzaville. Le 9 juin 1946, Fulbert Youlou est ordonné prêtre. Il est affecté à la paroisse Saint-François de Brazzaville où, très dynamique, il dirige les diverses organisations de jeunesse, d’activités sportives et d’œuvres catholiques. Il prend également en charge l’aumônerie de l’hôpital général et celle de la prison.

Fulbert Youlou s’intéresse tôt à la politique. Encouragé par son protecteur le Père Charles Lecomte, il présente sa candidature, au sein du collège africain, aux élections territoriales de 1947, dans la circonscription du Pool. Mais alors que le Père Lecomte est élu sans difficulté au collège européen, Youlou enregistre un cuisant échec. Il comprend que s’il veut être élu, il ne doit plus se montrer trop ouvertement soutenu par l’administration ou les missions. Jusque là homme de l’Église des Blancs, il se donne désormais l’image d’un résistant africain.

Cette attitude ne plaît pas à ses supérieurs, d’autant qu’en octobre 1953 une plainte est déposée à l’évêché à l’encontre du jeune abbé, surpris en fragrant délit d’adultère. Par mesure disciplinaire, il est affecté le 20 novembre 1954, dans une mission de brousse à Mindouli où il occupe les fonctions de directeur de l’école catholique.

Lors de son passage à Saint-François, grâce à sa capacité à rassembler autour de lui les différentes factions, Youlou s'impose comme un orateur des Lari. Les Lari sont des adeptes du matswanisme, un mouvement messianique remettant en cause le colonialisme fondé par André Matswa, mort en prison en 1942. Le jeune abbé parvient habilement à se faire passer pour un interlocuteur de Matswa, ce qui lui permet d’exercer une certaine influence sur ses disciples. Par ailleurs, son investissement dans les associations lui permet de s'attacher la jeunesse lari. Au final, la sanction ecclésiastique le conforte dans son rôle de leader car lui confère l’image d’une victime d’une Église congolaise dominée par une hiérarchie européenne.

Le 17 mai 1956, Fulbert Youlou fonde l’Union démocratique de défense des intérêts africains (UDDIA), concurrent du Parti progressiste congolais (PPC) de Tchicaya et de la section SFIO (transformée en janvier 1957 en Mouvement socialiste africain (MSA)) dirigée par Opangault. L’emblème du nouveau parti est le caïman, un animal effrayant et puissant, lié aux récits de sorcellerie. Parti anticommuniste d’obédience chrétienne-libérale, il compte 46 personnalités politiques dont 11 proviennent du PPC et 5 de la SFIO. Son assise politique, au départ limitée aux trois régions du Pool, du Niari et de la Bouenza, se voit renforcer de l’électorat du Kouilou avec le ralliement du secrétaire général du PPC Stéphane Tchitchéllé.

Aux élections municipales du 18 novembre 1956, où les listes sont présentées au collège unique (Africains et Européens confondus), l’UDDIA remporte un franc succès en enlevant Brazzaville, Pointe-Noire et Dolisie. Youlou est ainsi élu maire de Brazzaville face à Jacques Opangault avec 23 sièges contre 11 à la SFIO et 3 au PPC.

Le soir même de sa démission, l’ancien président de la République est interné dans le camp militaire « Fulbert Youlou ». Quelques semaines plus tard, il est transféré avec sa famille au camp de gendarmerie « Djoué ». Il semble être bien traité. Mais rapidement, un climat de terreur s’installe avec le nouveau régime socialiste. Apprenant que les jours de l’Abbé sont comptés, le successeur de Youlou à la tête de l’État Alphonse Massamba-Débat l’aide à s’enfuir vers Léopoldville, le 25 mars 1965. Le Premier ministre de la République démocratique du Congo, Moïse Tshombe, lui accorde immédiatement l’asile politique.

Le 8 juin 1965 commence son procès au Congo-Brazzaville par un tribunal populaire. Il est accusé de détournement de fonds publics et de l’utilisation à des fins personnelles d’un avion de guerre de type Héron qu’il aurait reçu du gouvernement français. Par ailleurs, il est tenu pour responsable de la mort des trois syndicalistes lors de la prise d’assaut de la maison d’arrêt le 13 août 1963. Enfin, il est également inculpé pour avoir apporté son soutien à la sécession katangaise menée par Moïse Tshombe. Le verdict le condamne à mort par contumace, et ordonne la nationalisation de tous ses biens, c’est-à-dire la ferme de Madibou et deux hôtels particuliers à Brazzaville. L'Abbé se défend de ces accusations avec la publication en 1966 d’un livre J’accuse la Chine, véritable pamphlet anticommuniste.

En novembre 1965, il fait part de son souhait au gouvernement français de s’installer à Nice pour recevoir des soins. Mais l’ancien dirigeant congolais n’est pas en cour à Paris. Yvonne de Gaulle, fervente catholique, n’apprécie guère ce prêtre excentrique défroqué qui continue de porter la soutane malgré l’interdiction de l’Église, et qui affiche ouvertement sa polygamie (il a au moins quatre femmes officielles). Contre l’avis du général de Gaulle, il débarque le 29 janvier 1966 au Bourget avec femmes et enfants. Malgré les recommandations de son conseiller aux affaires africaines Jacques Foccart, le chef de l’État français envisage sérieusement de le renvoyer à Léopoldville. Finalement, l’Abbé est envoyé en Espagne où le régime de Franco veut bien l’accueillir. Afin qu’il subvienne à son existence, le contribuable français met à sa disposition 500 000 francs.

Fulbert Youlou est tenu pour responsable de tous les maux du pays par les régimes socialistes et révolutionnaires qui se succèdent. Tout ce qui le rappelle est effacé. C’est dans cette atmosphère que l’Abbé décède à Madrid le 5 mai 1972, d’une hépatite. Immédiatement, les Lari exigent le retour de son corps afin de lui administrer les cérémonies funéraires nécessaires. Le président de la République Marien Ngouabi accepte afin d’éviter que ne se reproduise un mouvement messianique à l’image du matswanisme. Le 16 décembre 1972, après que sa dépouille a été exposée trois jours durant dans la cathédrale de Brazzaville, il est enterré dans son village natal de Madibou, sans aucune cérémonie officielle. Sa mémoire a été réhabilitée à la Conférence nationale de 1991...

Source : Congo, nos repères