SÉNÉGAL : "POISSON D’OR, POISSON AFRICAIN" TROUVE UN PUBLIC CONQUIS À SAINT-LOUIS
mardi 24 décembre 2019
SÉNÉGAL : "POISSON D’OR, POISSON AFRICAIN" TROUVE UN PUBLIC CONQUIS À SAINT-LOUIS

Le film "Poisson d’or, poisson africain", consacré aux conséquences de l’implantation d’une usine de fabrication de farine de poisson à Kafountine, un site de débarquement situé en Basse-Casamance (sud), a nourri les débats sur le devenir de la pêche au Sénégal, lors de sa projection à Gandiol et Guet-Ndar, pour la 10e édition du film documentaire de Saint-Louis (nord).

Dans ces deux localités saint-louisiennes confrontées aux difficultés de la pêche artisanale sénégalaise, la projection publique de ce film réalisé par Moussa Diop et Thomas Grand, vendredi dernier, a suscité un vif débat.

Le documentaire réalisé en 2018 a comme décor le site de débarquement de Kafountine, baptisé "Burkina" en raison du nombre important de ressortissants de ce pays et d’autres nationalités africaines (Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée et Mali) qui y opèrent dans des activités liées à la pêche.

"Poisson d’or, poisson africain" met ainsi en exergue la vie quotidienne des populations de cette zone méridionale du Sénégal, qui ne vivent que de la pêche et de ses activités dérivées. 

Dans ce film, les acteurs des métiers liés à la pêche - manutentionnaires, préposés au portage, au filage, au séchage, à la fumaison ou à l’exportation de produits halieutiques - s’inquiètent pour leur gagne-pain, avec l’implantation d’une usine de fabrication de farine de poisson.

Les deux réalisateurs, à travers ce film, parviennent à mettre en exergue le travail de ces jeunes hommes et femmes, et les difficultés auxquels ils sont confrontés.

Mamadou Dia, interrogé après la projection du film, estime que ce documentaire parle aussi aux habitants de Gandiol et pousse de la même manière à la réflexion. 

"C’est un film réalisé pour Gandiol, car tous les problèmes traités dans ce documentaire existent ici. Nous avons une usine de fabrication de farine de poisson, et Gandiol est une zone qui envoie beaucoup de migrants à travers le monde’’, dit-il, en soulignant que plusieurs membres de sa famille sont désormais établis à Kafountine par exemple, où ils s’adonnent à des activités liées à la pêche.

A son avis, le débat sur la problématique de la gouvernance des ressources naturelles mérite d’être posé et entretenu, pour l’amélioration des conditions de vie des populations.

"Gandiol est la zone où il y a du pétrole, les puits de Guembeul sont à Gandiol, d’où la nécessité de parler des ressources qui peuvent améliorer les conditions de vie des populations. Mais malheureusement, leur forme d’exploitation ruine leur vie, d’où la nécessité de conscientiser la population et de la préparer" à faire face à cette situation, fait-il valoir. 

Cet ancien migrant revenu d’Espagne où il s’était expatrié il y a quelques années à cause des problèmes survenus dans le secteur de la pêche, dans les années 1990, se dit favorable à "un cinéma au contenu utile". 

"Il nous faut des produits audiovisuels et un cinéma dont le contenu nous parle, éduque et aide à penser le futur que nous voulons", souligne Mamadou Dia.

Selon lui, cette perspective justifie la collaboration entre l’association "HaKatay" de Gandiol et "Africadok", promoteur du Festival du film documentaire de Saint-Louis, dans le cadre de la projection de ce film à Gandiol. 

Un professeur d’histoire-géographie, qui a pris part à la projection du film, estime que "Poisson d’or, poisson africain" colle à l’actualité, car il parle de la surexploitation des ressources halieutiques, qui rend vulnérable les populations des zones côtières du Sénégal. 

"Dans le film, on se soucie du devenir des habitants de la sous-région, qui dépendent des ressources de la pêche, mais à l’avenir, les conséquences nous seront fatales’’, affirme-t-il en évoquant les conséquences de l’exploitation des gisements de pétrole et de gaz sur l’écosystème marin.

Les populations pourraient être amenées à manquer de poisson pour leur propre consommation, prévient l’enseignant.

Après Gandiol, "Poisson d’or, poisson africain" a été présenté à Guet-Ndar, dont les habitants ont regardé d’abord le film "Aqua", du défunt réalisateur Samba Félix Ndiaye.

Là aussi, le film de Moussa Diop et de Thomas Grand a plu au public, si l’on se fie aux réactions suscitées par presque toutes les scènes du film, dès les premières images.

Le chant des pêcheurs et leur mouvement en mer sont spontanément imités par le public, et les messages portés par les protagonistes trouvent un écho favorable chez les habitants de Guet-Ndar, comme dans une sorte de certification populaire.

"Le film m’a permis de savoir le travail abattu par mes frères et oncles, c’est des +diambars+ (ils sont braves). Et désormais, quel que soit le montant qu’ils m’offriront, je saurai que c’est très significatif", dit une jeune fille. 

Aïssatou Fall, qui a regardé tout le film, estime que le poisson doit revenir aux Africains et non aux usines. "Nous vivons de l’exploitation du poisson. S’il est vendu aux étrangers, nous ne gagnons rien. Le film parle de notre vie quotidienne", dit-elle.

Source : ASP.sn